D'une vie II

   Le médecin garda Véro en observation jusqu’au lendemain matin. Rachid vint la chercher, il la serra longuement dans ses bras, au risque de la broyer, tellement elle était redevenue menue, mais il était content de la récupérer.

Pauline et Calvin étaient venus la voir également, mais ni ses parents, ni ceux de Rachid n’avaient fait le déplacement. Quant à Michel, il avait envoyé ses excuses par texto, car il ne pouvait plus prendre la place qui revenait à son remplaçant, désormais. Cependant, il proposa de venir les voir, chez eux, à la cité des 5000, accompagné de Valérie ; mais là, c’est Véro qui ne donna pas suite, prétextant une fatigue post-opératoire.

***

Au bout de plusieurs mois, la routine se réinstalla dans ce couple un peu bizarre, mais dont le bonheur faisait plaisir à voir. Rachid ne tarda pas à reprendre ses us et coutumes au grand dam de Véro, qui de toute façon ne faisait pas grand-chose pour l’en empêcher, du moment qu’elle avait ce qu’elle voulait en retour.

-          Rachid ? C’est à cette heure-ci que tu rentres ?

-          Et alors ?

-          Tu pourrais prévenir quand même !

-          Tu sais très bien où j’étais. Je buvais un coup avec mon pote Kevin.

-          Tu sens l’alcool.

-          Bah ouais ! Quand on boit un coup, on sent l’alcool. D’habitude, ça ne te gêne pas trop. Et puis le Ricard, ça sent plutôt bon, non ? Allez ! Va te préparer, j’ai envie. File dans la chambre, hop au lit, j’arrive ! Je vais pisser et je te saute.

Véronique se dirigea sans un mot vers la chambre à coucher. En silence, elle se dévêtit, s’allongea nue sur le lit et attendit. Dans les toilettes, Rachid urinait sans ménagement pour le lieu, c'est-à-dire, que comme il était saoul, il mettait une partie à côté en arrosant allégrement la cuvette. Il tira la chasse d’eau puis s’essuya les mains. Il arriva dans la chambre, se déshabilla sommairement. La chemise et les chaussures partirent dans un coin, tandis que le pantalon de travail, raide de crasse, s’écrasait sur la moquette : il resta en slip, t-shirt et chaussettes. Il sauta sur le lit, s’allongea et besogna sans ménagement, sans préliminaire ni attention particulière sa gentille petite femme : Véronique gémit tout de suite…

En fait, elle aimait ce rituel un peu sauvage et brusque qui lui permettait de se défouler en jouant au jeu de la femme soumise. Rachid n’avait pas grand-chose à faire dans ce jeu, si ce n’était de rester le plus naturel possible : il y arrivait fort bien… Véronique avait de la chance, elle avait toujours voulu avoir une brute qui la fasse jouir, et avec Rachid, c’était réussi tous les soirs ou presque… Un bon quart d’heure plus tard de cette cavalcade quasiment animale ; Rachid finissait par jouir dans un râle plus proche du barrissement que du soupir. Il avait la délicatesse du rhinocéros et la robustesse d’un bourrin au galop. La fragile et frêle Véronique avait l’impression d’être désarticulée après sa séance du soir. Mais, elle n’aurait échangé sa place avec personne d’autre.

Dès qu’il eut terminé, il s’affala de tout son long sur son corps menu, tel un sac de patate de près de quatre-vingt-dix kilos. Il respira fort dans son cou. Elle tenta de le repousser de ses petits poings, il finissait toujours par se relever car il savait bien qu’il l’étouffait… Après une journée de travail qui s’était terminée au bar, il n’avait plus de force. Il avait l’habitude que ça se termine ainsi. Au fond, il s’en foutait un peu. Il avait eu ce qu’il voulait, il y aurait sûrement une suite avant d’aller dormir, où la tendresse l’emporterait sur la rudesse. Il roula sur le côté, sur son côté, le gauche. Il soufflait comme un phoque, il avait immanquablement envie de fumer, mais ce n’était plus permis dans la chambre à coucher, même les joints y étaient interdits. Véronique était devenue intransigeante sur cette question et il ne voulait à aucun prix l’énerver : il espérait toujours une gâterie avant de s’endormir… Il s’abstint, mais ça le démangeait furieusement. Alors, il eut recours à un stratagème pour arriver à ses fins. Elle connaissait l’astuce mais elle l’encourageait subrepticement. Il fallait qu’il se déplace jusque dans la cuisine, là, il pouvait ouvrir la fenêtre et fumer frénétiquement au moins deux cigarettes d’un seul coup.

-          J’ai faim ! Qu’est-ce que t’as fait à bouffer ce soir, bébé ?

-          Un bœuf bourguignon ! Tu en veux ? La table est mise et la cocotte mijote. Y a plus qu’à servir.

-          Oh oui ! J’adore ta cuisine, bébé.

Véronique aimait faire plaisir à son homme, le sexe et la nourriture étaient les deux mamelles du bonheur dans ce couple aussi mal assorti qu’heureux. Dans ces moment-là, Véronique rayonnait de joie. Elle se sentait pleinement exister comme jamais auparavant. Rachid était aux petits soins quand la cuisine était bonne, et Véronique se laissait attendrir par cet homme si gourmand de la vie. Ce soir, elle se débrouillerait pour avoir un dernier câlin, bien au chaud sous la couette.

La vie avait repris son cours, mais désormais, le couple qu’ils formaient, était définitivement soudé, plus question de mariage, cependant.

Une fois le repas terminé, Rachid pourrait fumer comme un pompier…

Didier Kalionian - Le Blog Imaginiare (c) 2018

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