D'une vie II

  Dès le lendemain, Véro fut accaparée par une série de visites chez le docteur Zylberstein, pour des examens de routine. Rachid l’accompagna à chaque fois ; le couple affichait un sourire radieux et une complicité qui ravissait le docteur. Véronique n’avait pas de doute quant au bien fondé de sa démarche, et Rachid suivait comme il pouvait.

Tout allait bien, Véro était en parfaite santé, elle envisageait son IVG plutôt sereinement. En fait, elle ne savait pas du tout où elle mettait les pieds, mais la bienveillance de son médecin couplée aux conseils de Maryse et au soutien de Rachid, la rassurait. Il ne lui restait plus qu’à avertir ses parents, ses enfants, et enfin son ex-mari. Elle avait pensé confier la tâche à Rachid, mais celui-ci avait refusé catégoriquement… Le dernier soir avant son hospitalisation, elle appela tout son monde, l’un après l’autre, pour annoncer la nouvelle. Elle avait commencé par ses parents, qui furent horrifiés, puis ses enfants, qui la soutinrent, et enfin son ex-mari, qui lui souhaita de rentrer saine et sauve de cette triste expérience.

Tout s’accéléra ensuite.

Elle entra le lendemain matin à l’hôpital, soutenue par Rachid qui n’en menait pas large. La prise en charge fut rapide, Véro fut conduite dans sa chambre dans la foulée. Rachid retourna chez lui, brancha son téléphone pour être sûr qu’il serait bien chargé en cas d’appel urgent.

Véronique s’était faite toute petite dans le lit ; déjà qu’elle n’était pas bien grande, là on ne la voyait plus. La charlotte lui couvrant les cheveux, le corps revêtu de la tenue bleue en papier, elle était prête pour sauter dans l’inconnu.

Jusqu’à présent, le personnel avait été très prévenant, ne ménageant pas les efforts pour son bien-être… Véro avait entendu beaucoup de choses concernant des patientes qui n’avaient pas été très bien traitées pendant leur IVG ; mais elle ne s’en servait pas comme moyen de contraception, c’était peut-être ce qui faisait la différence ? En tout cas, elle n’avait pas peur, elle attendait qu’on vienne la chercher… Et elle attendit plusieurs heures.

En milieu d’après-midi, une infirmière et un brancardier apparurent dans sa chambre pour la préparer, puis ils l’emmenèrent sur le brancard roulant en salle d’opération. Lors du trajet de la chambre à la salle, les deux employés ne prononcèrent pas un mot et se contentèrent de lui sourire. La tension monta d’un cran.

Ils furent accueillis par un médecin. Infirmière et brancardier installèrent Véro sur la table puis s’en allèrent, refermant les portes de la salle. D’autres personnes entrèrent, la moitié de leur visage cachée derrière un masque couvrant la bouche et le nez. Puis, quelqu’un lui demanda sa date de naissance, et Véronique sombra dans un profond sommeil.

Des rêves vinrent l’envahir tout d’un coup, elle ne savait pas ce qu’elle y faisait, elle s’y sentait mal, il fallait qu’elle en sorte coûte que coûte. Elle n’entendait plus rien, elle avait la bouche cotonneuse, ses yeux avaient du mal à s’ouvrir.

Enfin, elle se réveilla…

-          Bonjour madame, comment vous appelez-vous ?

Véronique vit le brancardier qui l’avait emmenée en salle d’opération se pencher au-dessus d’elle. Elle le voyait flou, il répétait toujours la même question.

-          Bonjour madame, comment vous appelez-vous ?

-          Je m’appelle Véronique. Où suis-je ?

-          Bonjour Véronique ! Vous êtes en salle de réveil. L’opération s’est bien déroulée, tout va bien. Je vous laisse tranquille quelques minutes, puis je vous remonterai en chambre.

Tout lui revint en mémoire, elle se rappela la raison de sa présence dans l’hôpital. Instinctivement, elle toucha son ventre, il n’y avait plus rien. Les larmes lui montèrent, elle tenta de les réprimer mais rien n’y fit, elle pleura sans retenue mais sans qu’un son ne sorte de sa gorge. Elle se sentit mieux après.

Le brancardier revint, et sans un mot, débloqua le frein du brancard roulant et prit la direction de l’ascenseur… Dès qu’ils furent dans la chambre, une aide-soignante arriva et aida le jeune homme à transvaser Véro du brancard vers le lit. L’opération ne dura que quelques secondes. Ils remontèrent le drap et la couverture sur Véro qui se sentit envahie par une chaleur moelleuse.

-          Le médecin passera tout à l’heure pour vous voir. En attendant, vous allez vous reposer.

Véronique n’eut pas le temps de répondre que, déjà, elle s’endormait…

A son réveil, elle eut l’agréable surprise de voir que Rachid était là, dans la chambre. Il se tenait au pied du lit, son blouson dans les mains, il attendait sagement qu’elle sorte de sa torpeur avant de lui parler. Il lui souriait, elle était contente.

-          Ça va, bébé ? L’infirmière a dit que tu pourrais peut-être sortir ce soir, sinon demain matin. Ça va dépendre de la visite du médecin tout à l’heure.

-          C’est bien que tu sois là… Je me sens bien. J’ai bien dormi, tout à l’air d’aller. J’ai faim et soif…pourrais-tu demander un verre d’eau à l’infirmière, s’il te plait ?

Rachid s’exécuta sur le champ. Il parcourut les couloirs à la recherche de l’infirmière, mais il ne vit que des femmes de ménages.

-          Excusez-moi, vous savez où se trouve l’infirmière ?

-          Elle est partie déjeuner. Elle ne va pas tarder.

-          Ah ! Ma femme est dans la chambre du fond, elle a soif. Vous savez où je pourrais trouver de l’eau ?

-          Je ne peux pas vous répondre, monsieur. C’est l’infirmière qui décide si la patiente peut boire ou pas. Nous, on ne fait que le ménage et le service. Désolé. Il faut attendre un petit peu. Elle ne va pas être très longue.

Rachid revint sans le verre d’eau, dépité. Véro avait soif, il ne savait pas comment la satisfaire, en attendant que l’infirmière revienne. Il lui expliqua ce que les femmes de ménages lui avaient dit… Il la regardait intensément, il était fier d’elle, il se tenait droit comme un i, encore plus maladroit que d’habitude, mais il aurait donné n’importe quoi pour l’embrasser.

-          Je repasserai en fin d’après-midi, bébé. A tout à l’heure.

Elle se contenta d’un signe de la main pour lui dire au revoir. Elle avait eu peur de perdre Rachid en même temps que l’enfant, mais, désormais, elle sentait bien qu’ils étaient unis. Elle n’avait plus qu’à sortir de l’hôpital pour que la vie reprenne son cours…

Les choses allaient changer ! Dorénavant, Véro savait quand elle était au bout d’un processus, et là, son IVG marquait clairement la fin d’une époque.

Didier Kalionian - le Blog Imaginaire (c) 2018

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