D'une vie II

   Véro avait une décision à prendre, mais elle savait qu’elle ne pourrait pas la prendre seule. Bien sûr, Rachid avait son mot à dire, mais là, il ne s’agissait pas de faire dans la fantaisie. Avorter ou garder un enfant avec une malformation, n’était pas un choix banal : Maryse saurait lui dire ce qu’il fallait faire.

-          Allo Maryse ! C’est Véro, il faut que je te parle, tu as un peu de temps devant toi ?

-          Oui ! Que se passe -t-il ? Tu as un problème avec Rachid ?

-          Non, du tout ! J’ai un problème avec l’enfant.

Elle renifla pour ne pas pleurer.

-          C’est-à-dire ?

-          Tu te rappelles l’autre jour au planning familial ; tous ces mystères autour des examens. Ben, c’était en fait parce qu’ils avaient découvert une malformation… J’ai vu mon médecin ce matin, et il m’a demandé de choisir entre : aller au terme de la grossesse ou de pratiquer une IVG… Franchement, je ne sais pas quoi faire. Je suis perdue, là !

-          Ah merde ! C’est con ça, ma cocotte !

-          Qu’est-ce qui faut que je fasse ? J’ai besoin d’aide, Maryse…

Véro éclata en sanglots.

-          Véro, ce n’est pas une bonne idée d’en parler au téléphone. Je préfère te voir chez moi, on sera mieux, je prends mon après-midi, je n’avais pas envie de travailler aujourd’hui, ça tombe bien… Je viens te chercher, je serai là dans trente minutes. J’arrive ma cocotte.

Effectivement, Maryse arriva une demi-heure plus tard. Véro la guettait à la fenêtre de la cuisine et dès qu’elle vit sa Mini Cooper bleu ciel entrer sur le parking, elle se hâta de descendre. Elle prit soin d’envoyer un texto à Rachid, tout de même, mais sans lui dire où elle allait pour ne pas qu’il sentit l’influence néfaste de Maryse.

Dans la voiture, Véro essaya de paraitre calme et détendue, alors que Maryse était comme d’habitude, plutôt speed. Elle avait adopté une conduite sportive, que tout le monde jugeait plutôt nerveuse. De ce fait, Véro se cramponnait à la poignée de sécurité située au plafond.

-          Tu sais, on aurait pu discuter chez moi.

-          Non, je ne préfère pas. Je n’ai pas envie de voir ton… homme ! On sera mieux chez moi.

Maryse habitait toujours son coquet pavillon de banlieue, toujours aussi bien décoré. Véro se rendit compte, devant la vue du jardin, que le sien lui manquait. Dans le salon, elle se rendit compte également que Maryse était toujours aussi sexy, alors qu’elle-même était, joufflue, ventrue, et fagotée comme une fatma.

-          Pourquoi me regardes-tu comme ça ?

-          On a le même âge, et tu es toujours aussi belle et bien foutue. Je te trouve incroyablement belle. J’avais envie de te le dire…

-          Merci ma cocotte. C’est gentil… mais, parlons plutôt de ton problème.

Véro exposa les faits. Il ne fallut pas plus de cinq minutes de réflexion à Maryse pour réagir et donner son avis.

-          Tu es sûre d’une chose : il y a une malformation. Aucune chance que ça s’arrange ? Ils ne peuvent pas opérer in utero ?

-          Le docteur Zylberstein a dit que ce n’était pas possible.

-          Alors, il faut que tu abandonnes…

-          Tu veux dire, que j’avorte !

-          Oui ! C’est une nécessité… Tu as déjà des enfants, donc ce n’est pas comme si c’était une expérience ratée. A quarante-cinq ans, il y avait un risque, ça arrive souvent à cet âge-là. Tu auras essayé, je suis sûre que Rachid ne t’en voudra pas. Je t’en prie Véro : tu souffriras et cet enfant souffrira encore plus que toi et plus longtemps que toi. Il faut aussi penser à lui… Et que dit Rachid ?

-          Je ne sais pas pour le moment. Il est déçu, je crois qu’il attend ma décision pour prendre la sienne. Je sais que tu as raison, mais ce n’est pas facile. Rachid, a compris qu’il ne pourra pas jouer avec son fils, qu’il ne pourra pas en être fier sans faire un effort… Pour le reste… Ce n’est pas un intellectuel, tu peux me croire.

-          Tu sais ce que je pense de lui. Il sait que tu es là ?

-          Il sait que je suis sortie, mais pas que je suis avec toi.

Cet après-midi passé avec Maryse fut bénéfique pour Véro : elle se sentait en confiance, elle se sentait bien avec son amie. Désormais, elle était prête à discuter avec Rachid, et pourquoi pas, à rendre sa décision.

… Cher lecteur, Véronique est à un nouveau virage de sa vie, un virage qu’elle ne pensait pas devoir prendre. Tout arrive dans une vie car rien n’est prévisible. Zeus, Roi des Cieux, supervise avec un certain dilettantisme ce qui se passe sur Terre, au gré de ses fantaisies. Cependant, Zeus continue de suivre les pérégrinations du couple avec intérêt mais d’un œil distrait. Ça tombe bien, Véronique à l’air de savoir ce qu’elle doit faire…

Maryse déposa son amie non loin de la cité des 5000 : elle ne voulait pas voir Rachid ni être vue par lui, et Véro pouvait encore se déplacer sans problème.

Celle-ci retrouva Rachid à l’appartement. Il était tendu, et il avait bu. Ils se regardèrent un long moment sans se parler, mais leurs yeux en disaient déjà beaucoup. Déjà des larmes commençaient à perler sur les joues de Véro. Rachid se doutait de la suite.

-          Je ne sais pas pour toi, mais moi, j’ai pris une décision.

Véro parlait lentement et pesait chaque mot.

-          Eh bien, je crois qu’il est temps de s’écouter.

-          Je n’aurais pas cru devoir passer par là un jour, mais force est de constater, que je n’ai pas le choix. Je dirais même, que nous n’avons pas vraiment le choix.

Rachid attendait le verdict.

-          Etant donné que la malformation est avérée, je préfère ne pas garder l’enfant. Je veux faire une IVG… Voilà, tu le sais, maintenant.

-          Bien sûr, je comprends. Je savais que tu prendrais cette décision. C’est sûrement mieux pour tout le monde… Je ne te juge pas et ça ne change rien entre nous, bébé. On aurait dû se rencontrer plutôt, on aurait fait les choses en temps et en heure. Mektoub inch’allah, c’est tout.

Véro pleura légèrement, mais elle se sentit assez forte pour se reprendre.

-          Je vais prévenir le docteur Zylberstein demain matin. Il a dit qu’il ne fallait pas trop attendre, qu’on était proche de la limite.

-          D’accord ! Je me doutais que tu réagirais comme ça. Je vais prévenir ma famille et leur demander d’annuler les préparatifs de la fête. J’attendais d’être sûr pour le faire. J’irai voir mes parents demain matin. Je ne veux pas leur dire par téléphone, ils me demanderaient de venir les voir, donc, autant y aller : ça sera plus simple.

Ils s’embrassèrent longuement, chaleureusement malgré la dureté de la situation. Le message était passé, un poids était ôté.

Didier Kalionian - le Blog Imaginaire (c) 2018

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