Aubervilliers

   Je finissais relativement tôt mon boulot, ce qui me permettait de rentrer chez moi, plus tôt aussi. Je n’avais plus la galère des transports depuis que j’habitais à Aubervilliers. Tout était simple et rapide… Cet après-midi-là, je rentrais tranquillement à pied de la gare de RER Aubervilliers – La Courneuve, lorsque je croisai notre voisin du 11eme, le beau William, qui faisait son jogging. Il eut le temps de faire plusieurs tours de parking avant de me rejoindre devant l’ascenseur.

William me salua en soufflant comme un bœuf. Il était exténué, il avait fait autant de tours de parking qu’il avait pu. Son visage était en sueur, ses vêtements en étaient trempés. On monta tous les deux dans la cabine, et les portes à peine fermées, il enleva son t-shirt. Il se mis torse nu et essuya la sueur avec. Mon Dieu qu’il était sexy ! Que cette situation était incroyable, pensais-je… Je le regardais faire, bouche bée… Lorsque je quittai l’ascenseur, arrivé à mon étage, il me fit un clin d’œil amical : lui, n’était gêné en rien. Ce gars était vraiment sympa. Il serait un allié tout le temps qu’on se côtoierait dans l’immeuble.

Une autre surprise m’attendait sur mon palier.

A peine avais-je fait un pas en dehors de la cabine, que j’aperçus une dizaine de gamins, dont les petits noirs du 17eme, caleter par la porte des escaliers. J’en avais quand même vu qui avait collé l’oreille à ma porte. Pourquoi ? Que se passait-il ? En m’approchant pour mettre la clé dans le canon, je vis un énorme « PD » inscrit à la craie sur la porte.

Je fis demi-tour et allai chercher le gardien. Il constata avec moi ce qu’il y avait d’écrit sur ma porte. Il me promit de s’occuper des gamins… Frank ne rentrait pas avant 20h, ça me laissait plusieurs heures avant de pouvoir lui en parler, en attendant, je ruminais.

-          J’ai lavé la porte, il ne reste rien.

-          C’est un mauvais signe… Tu dis qu’il y en avait qui avaient l’oreille collé à la porte ? Donc, ils voulaient nous écouter pour savoir ce qu’on faisait. Ces mômes ont inscrit ces lettres « PD » sur notre porte et pas sur celles des voisins, donc, c’est bien nous qui étions visés.

Frank avait l’habitude de mener des enquêtes, de démêler le vrai du faux, avec ses stagiaires.

-          Oui, mais ça veut dire quoi ?

-          Ce sont des mômes. Ils ne savent pas ce que ça veut dire exactement, ces lettres. Bien sûr, ils savent que c’est plus ou moins une insulte, mais ils sont trop jeunes pour deviner ce que nous sommes. Donc ce sont des adultes qui en ont parlé. Donc, il y a des adultes, et des parents, qui parlent de nous dans cet immeuble, en ce moment.

-          Oh Merde ! Je crois que je commence à comprendre.

-          Oui, ça veut dire qu’ils parlent de nous en des termes pas très sympathiques. On doit tellement être bizarres, que ces mômes ont voulu voir ce qu’on était vraiment.

Frank devait avoir raison : ça se tenait. Ma boule dans le ventre revint illico. Il continua de réfléchir à voix haute.

-          Tu veux que je te dise ? La réaction du gardien est toute aussi bizarre. A mon avis, il sait qui sont ceux qui parlent de nous, et qui surtout, disent du mal de nous.

-          Tu veux dire qu’il est complice ?

-          Soit il est complice, soit il ne veut pas s’en mêler, mais il le sait et ça, j’en suis sûr.

Frank continua ses investigations mentales, en essayant de faire le lien entre ce qui s’était passé cet après-midi-là et le post-it trouvé dans la boite aux lettres quelques jours plus tôt. Il ne découvrit pas ce qui rapprochait ces deux choses.

L’hiver était sur son déclin et tout s’était relativement bien passé jusque-là. A partir du « post-it », notre vie basculerait dans une sorte de cinquième dimension…

Didier Kalionian - Le Blog Imaginaire (c) 2018

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